Au Moyen Age, la péninsule Ibérique était imprégnée de nombreuses influences interculturelles. De nombreux royaumes chrétiens et musulmans, où se maintenaient des communautés juives, coexistaient depuis la conquête de vastes territoires par les musulmans au 8e siècle. Les échanges culturels étaient fructueux, mais les conflits et la lutte pour la suprématie politique restaient à l’ordre du jour. L’héritage architectural, artistique et scientifique de cette époque confirme la richesse et les liens interculturels qui caractérisent cette région.
Seville, 1226
Parchemin
Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Cod. arab. 1, fol. 2r–3v
Ce superbe coran décoré d’entrelacs géométriques dorés illustre l’apogée culturelle d’al-Andalus, cette région de la péninsule Ibérique dominée par les musulmans depuis le 8e siècle. Il compte parmi les rares corans hérités de cette région multiculturelle avec une riche tradition musulmane. Lorsque le roi catholique Ferdinand III de Castille († 1252) s’empara de Séville en 1248, beaucoup de musulmans s’enfuirent en Afrique du Nord. Parmi eux se trouvait le propriétaire de ce coran réalisé à Séville. En 1535, cet ouvrage tomba dans les mains de Charles Quint alors en Tunisie et arriva finalement à la Bayerische Staatsbibliothek de Munich.
Fragment de céramique: inscription en hébreu (1), trois anneaux en or (2–4) et un anneau en argent avec une gravure en arabe (5)
Barcelone, XIV s.(1); cimetière juif au Montjuïc, XIII–XIV s.(2–5)
Céramique (1); or (2–4); argent (5)
Barcelone, Museu d’Història de Barcelona, Inv. MHCB31784 (1); Inv. MHCB00460 (2); Inv. MHC00459 (3); Inv. MHCB00457 (4); Inv. MHCB00458 (5)
Barcelone avait au Moyen Age une importante communauté juive dont la présence est attestée par de nombreux témoins archéologiques de la vie juive et à travers l’architecture urbaine. Le tesson qui porte une inscription en hébreu (a) représente la vie quotidienne juive. L’inscription « bœuf » renvoie à la préparation de mets casher. Les anneaux présentés ici, par contre, proviennent d’un contexte funéraire. Ils ont été trouvés dans le cimetière juif du Montjuïc (« montagne des juifs »). Ces objets funéraires témoignent de l’aisance des défunts. L’anneau en argent avec l’inscription en arabe (« bonheur » / « santé ») illustre le mélange de différentes langues et traditions dans la péninsule Ibérique.
Toledo, XIe s.
Marbre
Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya, Inv. MNAC 024194-000
Ce fragment de marbre finement travaillé provient vraisemblablement du palais royal de Tolède. Il est l’expression de l’apogée culturelle, scientifique et artistique du taifa de Tolède. Une grande dynamique régnait alors dans les taifas, les petits royaumes qui succédèrent au califat de Cordoue : Les artistes purent s’appuyer sur un large héritage artistique qu’ils combinèrent à de nouvelles idées, formes et techniques issues du bassin méditerranéen. On peut voir deux oiseaux et un entrelacs d’éléments végétaux.
Córdoba, 975-976
Bois, soie, argent, nielle, argent et or
Gérone, Museu Tresor de la Catedral, Inv. TCG 147
Ce remarquable travail d’orfèvrerie andalouse à décor végétal fut commandité par le calife al-Hakam II († 976) pour en faire cadeau au prince Hisham. Plus tard, ce précieux coffret rejoignit le trésor de la cathédrale de Gérone. Il servit alors à conserver des reliques. L’origine musulmane du coffret est indubitable et se reflète à travers l’inscription coufique :
« Au nom de Dieu. La bénédiction de Dieu, prospérité, bonheur et joie perpétuelle / pour le serviteur de Dieu al-Hakam, prince des croyants / al-Mustans.ir bi-llāh ordonna de confectionner ceci pour Abū-l-Walīd Hišām, l’héritier de l’alliance des musulmans. Il fut décoré alors que Ŷawdar était en fonction. »
Saragossa, 1079/80
Laiton, gravé
Nuremberg, Germanisches Nationalmuseum, Inv. WI 353
Cet ancien instrument destiné à calculer la position des étoiles est un des rares astrolabes ibéro-arabes du XIe siècle encore conservés. Les cinq tympans permettaient de l’utiliser en Afrique du Nord et dans le Sud de l’Europe. Cette pièce est un exemple du transfert de connaissances grecques antiques aux érudits arabes qui perfectionnèrent cet instrument. Ces connaissances se répandirent à travers l’Europe depuis la péninsule Ibérique et la Sicile. On constate une tradition artisanale européenne dès le XIVe siècle.
The Nuremberg astrolabe was allegedly acquired at a flea market in Rome in 1890. The name of the original owner (or maker) was probably Ahmad Ibn Muhammad al-Naqqash, whose name is angraved in Arabic on the back of the instrument. This was not unusual as their makers usually signed astrolabes and sometimes the name of a patron or the name of the reigning sultan was also engraved. Moreover, the date of the instrument’s construction were recorded. On this astrolabe were subsequently added engravings in Latin scripts such as symbols for the signs of the zodiac or abbreviations of the month. These prove that the piece was later used outside the Iberian Peninsula and the Arab world.