L’installation du pouvoir normand : Robert Guiscard et Roger jusqu’à la conquête de la Sicile

 « Ce Robert était un Normand issu d’une famille modeste ; assoiffé de pouvoir, il avait fort mauvais caractère […] Concernant son physique, sa stature était telle qu’il dépassait les plus grands. Son teint était rougeâtre, ses cheveux blonds, ses épaules larges et ses yeux – on dirait qu’ils lançaient des éclairs. Et où l’on attendait que la nature mette de la largeur, elle y était, et elle diminuait où c’était nécessaire. Il était bien proportionné. »  

Anne Comnène († 1154), chroniqueur et princesse byzantine à propos de Robert Guiscard dans "Alexias"

« Robert y séjourna quelques jours dans l’attente de son épouse Sykelgaite, car elle aussi participait aux campagnes de son époux. Cette femme inspirait une grande crainte quand elle avait revêtu ses armes. (…) Voyant fuir les troupes de Robert au milieu de la bataille, elle leur jeta un regard sombre et s’écria à voix forte : « Jusqu’où voulez-vous fuir ? Arrêtez-vous, soyez des hommes ! » Les voyant toujours fuir, elle saisit sa longue lance et fonça au galop sur les fuyards. Ceux-ci se ressaisirent et rejoignirent le combat. »

Anne Comnène à propos de Sykelgaite

Un quatrième frère de la maison de Hauteville eut encore plus de succès : Robert Guiscard. Après de modestes débuts, il prit part avec ses frères à la bataille décisive de Civitate (1054). Les Normands s’imposèrent ici à une alliance de leurs adversaires. Et quelques années plus tard, Robert épousa Sykelgaite, la célèbre fille du prince de Salernes. En 1059, le pape le reconnaît comme duc de Pouille, de Calabre, et de Sicile en échange de sa protection. La Sicile était encore dominée par les musulmans et devait donc être conquise. Un jeune frère des Hauteville, Roger Ier, réussit cet exploit entre 1061 et 1091. Robert mourut en 1085 au cours d’une campagne contre Byzance.

F 3.1

Guillaume de Pouille: "Gesta Roberti Wiscardi"

Nord-Ouest de la France, fin du XIIe s.
Parchemin
Avranches, Bibliothèque patrimoniale d’Avranches, Ms. 162, fol. 64r


Dans son ouvrage repris dans un manuscrit, Guillaume de Pouille raconte l’arrivée des Normands en Italie du Sud et les étapes importantes de la vie de Robert Guiscard : les conquêtes en Calabre, l’investiture du duc de Pouille et Calabre lors du synode de Melfi, ainsi que la prise de Bari et Palerme. Il achève son récit avec la croisade contre l’empereur byzantin durant laquelle Robert trouva la mort. Le surnom de Robert, « Guiscard » (vieux français : « rusé », « astucieux ») serait ici mentionné peut-être pour la première fois

Reconstruction digitale: L'église inachevée de Venosa Production:

Studio ARCHETIPO / Dr. Arch. Konstantin Brandenburg

Les sépultures dynastiques jouaient un grand rôle en tant que légitimation et symbole du pouvoir. Robert Guiscard fit édifier un symbole de ce genre pour sa famille à Vénosa, une église en guise de sépulture familiale. Il se chargea en même temps d’agrandir le complexe abbatial, un projet qui ne fut jamais achevé. Aujourd’hui encore se dresse un bâtiment inachevé : l’« Incompiuta ». Quel aurait été l’aspect de cette nouvelle construction ? Une vidéo vous présente une proposition de reconstitution architecturale qui a été réalisée à l’occasion de cette exposition en tenant compte des acquis actuels de la recherche.

F 3.2

Scène de dédicace dans le "Codex Benedictus"

Montecassino, deuxième moitié du XIe s.
Parchemin
Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 1202, fol. 2r
Facsimile

Robert Guiscard et sa femme Sykelgaite entretenaient des liens étroits avec le monastère de Montecassino et son abbé Desiderius. Ils ont soutenu Montecassino avec des donations et la comtesse fut enterrée là-bas. La scène montre Desiderius en train de remettre le codex à saint Bénédicte assis sur un trône. D’autres livres précieux reposent aux pieds de l’abbé et font allusion au scriptorium de l’abbaye. Les bâtiments en arrière-plan rappellent le projet de construction de l’abbé, considéré comme deuxième « fondateur ».

F 3.3

Johannes Berardus: La chronique de San Clemente a

San Clemente a Casauria, Abruzzes, 1170–1182
Parchemin
Paris, Bibliothèque nationale de France, Latin 5411, fol. 248r


Le Chronicon Casauriense compte parmi les rares sources ayant trait à la conquête des Abruzzes (11e / 12e s.) par les Normands. Une particularité sont les dessins tracés à l’encre brun-noir et rouge, qui représentent à la fois les émetteurs et les destinataires du document : les empereurs et rois, papes, abbés et moines. La page ouverte montre Roger II, qui fait une donation, et l’abbé Oldrius dans un geste d’accueil.

F 3.4.1-2

Le „trésor de Montecassino“: une fibule (1) et 29 monnaies (2)

Decouvert à l’abbaye de Montecassino, fabriqué à Palerme (?) (1); Palerme/Messine (2), XIe–XIIe s.
Feuille d'or, or filigrane et granulé, pierres de verre, grenats (1); Tari, alliage d’or (2)
Rome, Museo delle Civiltà, inv. 15 (1); Rome, Museo Nazionale Romano, inv. 125918–125946 (2)

La fibule fut trouvée à Montecassino avec 29 pièces d’or. Elle appartient à la catégorie des grandes fibules discoïdes à la mode en Allemagne particulièrement auprès des femmes et des hommes de haut rang, religieux et laïcs, vers la fin de l’époque ottonienne et sous les Saliens.
Les monnaies sont des taris en or produits dans les ateliers de Palerme et de Messine depuis Roger Ier († 1101) à Guillaume III († env. 1193).

F 3.5

Dalle avec un quadrupède

Montecassino, XIIIe s.
Marbre, pierre de calcaire blanc, pâte de verre rouge
Montecassino, Abbazia di Montecassino – Museo

Ces dalles jumelles – en miroir – réalisées en opus sectile proviennent de la basilique de Montecassino et furent mises au jour après la Seconde Guerre mondiale lors de la reconstruction de l’abbaye. Il est probable que les dalles étaient disposées horizontalement sur les côtés de l’autel pour garder la tombe de saint Bénédicte.

F 3.6

Pion d‘échecs: roi

L’Italie du Sud, premier moitié du XIIe s. (?)
Ivoire
Florence, Musei del Bargello, inv. 60 C


Le jeu d’échecs, inventé selon toute vraisemblance en Inde, s’est répandu d’abord dans le Proche-Orient aux VIe et VIIe siècles, puis arriva en Europe probablement avec les influences culturelles arabo-orientales. Le jeu fut ensuite adapté à la société féodale médiévale. Le roi est par conséquent la figure la plus importante de ce jeu. La figure présentée ici a les traits d’un homme mûr qui porte une longue tunique et un lourd manteau. Une coiffe légère est fixée sur sa tête par un diadème.

F 3.7

Pion d‘échecs: reine

L’Italie du Sud, milieu du XIIe s.
Ivoire
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, Inv. 615


On attribue la reine à l’atelier des célèbres plaques d’ivoire de Salerne. Elle siège sur un trône massif au dossier semi-circulaire équipé de deux coussins. La reine porte un vêtement avec des manches chauve-souris. L’index de la main droite pointe vers la gauche en direction du roi, la figure principale. Les traces d’utilisation indiquent qu’elle fut manipulée sur une longue période. Des restes d’une couleur rougeâtre se sont conservés.

F 3.8

Ivoire de Salerne: Dieu et Abraham

L’Italie du Sud, vers milieu du XIe–milieu du XIIe s.
Ivoire
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, Inv. 5952

Les plaques d’ivoire du « cycle de paliotto de Salerne » regroupent des motifs bibliques et furent sculptées à l’occasion de l’inauguration de la cathédrale de Salerne (1084). Elles comptent parmi les célèbres sculptures médiévales. La plupart d’entre elles se trouvent encore à Salerne, mais certaines, dont la pièce exposée ici, sont conservées dans d’autres musées. Cette plaque illustre un passage de la Genèse (13,18) où Abraham élève un autel à Dieu. Le style de la scène rappelle l’architecture de l’Italie du Sud normande et de l’Egypte fatimide.

F 3.9

Ivoire de Salerne: Le rêve de Joseph

L’Italie du Sud, Salerne/Amalfi, fin du XIe–début du XIIe s.
Ivoire
Rouen, Musée des Antiquités, Inv. 721

Cette plaque est rattachée au « cycle de paliotto » de Salerne malgré son style simple et schématique. Elle illustre la scène du rêve de Joseph dans le Nouveau Testament. Les plis de la couverture, les losanges gravés sur le coussin, le bâton de l’ange et ses mèches en perles rapprochent cette plaque d’un exemplaire conservé à Salerne.

F 3.10

Olifant

L’Italie du Sud, vers milieu du XIe–milieu du XIIe s.
Ivoire
Rouen, Musée des Antiquités, inv. 1796 (A)


La signification exacte et la fonction de ce cor restent inconnues. D’autres exemplaires furent utilisés comme instrument de musique, reliquaire et même comme symbole de prestige. L’ivoire était un bien de luxe identifié à la force et la puissance de l’éléphant. La frise principale montre deux paires symétriques de griffons, gazelles, dromadaires et quadrupèdes non identifiés. Un espace vide sous la frise était probablement destiné à une bande de métal ou de tissu qui servait à porter le cor tout en l’embellissant.

F 3.11

Manche en ivoire d’un couvercle de boîte ou d'une porte

Canne della Battaglia, deuxième quart de XIIe s.
Ivoire
Barletta, Antiquarium e Parco Archeologico di Canne della Battaglia, Inv. Nr. 44673

Ce manche travaillé en filigrane consiste en une tête de poisson ou de dragon aux cavités oculaires vides. La gueule grande ouverte, le monstre tient entre ses dents un homme barbu couché sur les genoux avec une grande tête, un petit corps et des jambes nues. L’autre côté présente une autre tête : un homme âgé avec un front dégarni, une barbe tressée et une moustache touffue.

F 3.13

Tête de lion de Gaète

Gaète, vers 1100
Marbre
Gaète, Museo del Centro Storico Culturale, ohne Inv.


On ne dispose d’aucune information sur l’origine et l’emplacement de cette pièce découverte lors de la démolition d’une maison dans la vieille ville de Gaète. Le trou taillé dans la gueule et prolongé par un sillon d’écoulement suggère qu’il s’agit d’un élément décoratif d’une fontaine remontant à 1100 environ. Gaète fut dominée par les Normands dès 1063.

F 3.12

Chapiteau : deux esclaves

Maître du trône de l'abbé Elias
Bari, Basilique de Saint-Nicolas, premier quart de XIIe s.
Marbre
Bari, Pinacoteca “C. Giaquinto“, Inv. 21/969

Le chapiteau montre deux figures masculines nues, opposées, que l’on identifie à des esclaves ou des Atlantes. Elles sont entourées de rinceaux qui sortent des bouches de deux masques démoniaques. Les muscles montrent bien l’ampleur de la charge qui fait plier les personnages. On rattache cette œuvre au maître du trône d’Elie de la basilique Saint-Nicolas. C’est un des témoins les plus célèbres de la sculpture normande en Pouille.

Les centres des Normands en Italie du Sud

Production : Ralph Gellwitzki Animation und Video-Design

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