L’aventure normande en Afrique du Nord

Les liens étroits existant entre l’Ifriqīya et la Sicile remontaient à l’époque musulmane. Ils se sont conservés après la conquête normande surtout dans le secteur commercial. Les Normands conclurent des traités avec la dynastie des Zirides établis dans la Tunisie actuelle. Mais ceux-ci représentaient une concurrence pour le contrôle des voies maritimes dans le Sud de la Méditerranée. Roger II, après son couronnement, décida alors de soumettre l’Ifriqīya à la souveraineté normande. Il profita de la situation politique instable pour envoyer une flotte en direction de la côte nord-africaine. Les Normands, après quelques échecs, réussirent à occuper des villes d’importance stratégique. Les souverains musulmans durent payer un tribut ; mais ils purent garder leur autonomie. La souveraineté normande ne dura pas longtemps et ne laissa guère de traces.

G 3.1

Bas-relief gravé roi (copie)

al-Mahdiyya, Xe/XIe s. (Original)
Copie en plâtre (original : marbre blanc)
Ariano Irpino, Museo della Civiltà Normanna (Centro Europeo di Studi Normanni), sans inv.

La « plaque de Mahdiyya », dont l’original est en marbre, montre un roi siégeant sur un trône et ceint d’une couronne à trois pointes. Il porte une tunique ornée de motifs grecs. À sa gauche se tient un flûtiste. Ce type de représentation est étroitement lié à l'art arabo-normand du XIIe siècle en Sicile. Ce monument de pierre montre éventuellement le souverain normand Roger II en train de fêter sa conquête des territoires nord-africains.

G 3.2.1-5

(1-5) 5 Amphores

Palerme, fin du Xe/ début du XIe s.
Argile rouge (1, 4), argile grise (2, 3) avec des inclusions blanches, argile grise avec des éléments calcaires (5)
Marsala, Museo Archeologico Regionale Lilibeo, inv. 10039 (1) ; inv. 10047 (2) ; inv. 10069 (3) ; inv. 10076 (4) ; inv. 10082 (5)

Ces amphores proviennent d’une épave découverte au large de la côte de Marsala (Sicile). Elles témoignent d’un commerce actif entre la Sicile et le reste de la Méditerranée. Des amphores similaires ont également été trouvées en Tunisie. Elles servaient à transporter du vin.

G 3.2.6

(6) Bouteille avec inscription coufique

Tunisie, XIIe s.
Majolique, H. 15 cm, B. 18 cm
Marsala, Museo Archeologico Regionale
Lilibeo, inv. 3537

Cette bouteille a été fabriquée en Tunisie et porte une inscription coufique, donc en arabe ancien, qui se lit al-yumn, ce qui signifie « prospérité » ou « bonne chance ». Cette formule de bonheur est largement répandue dans l’art islamique depuis le XIIe siècle. La découverte de cette bouteille dans un monastère à Marsala témoigne des activités commerciales entre la Sicile et l’Afrique du Nord.

G 3.2.7

(7) Imitation d'une pièce de verre fatimide

Égypte ou Sicile, XIe–XIIe s. (?)
Masse de verre noire
Marsala, Museo Archeologico Regionale Lilibeo, inv. 7041

Les monnaies en verre sont des artefacts fort rares, car elles furent généralement fondues pour obtenir de la matière première. Ce type de monnaie servait de moyen de paiement. On peut deviner au centre de cette monnaie l’inscription estampée « Allah ».

G 3.2.8

(8) Fragment de coupe en céramique émaillée

Tunisie, milieu du XIIe–début du XIIIe s.
Majolique
Marsala, Parco Archeologico di Lilibeo-Marsala, inv. 11981

Le décor vert et brun de cette coupe glaçurée s’inscrit dans une tradition artistique islamique. La céramique était décorée de la formule porte-bonheur al-yumn. Des artisans islamiques ont aussi travaillé dans ateliers de poterie siciliens sous le règne des Normands. Marsala était à l’époque un centre d’importation de poterie nord-africaine.

G 3.3.1-3

(1-3) Coupe

Tunisie, milieu du XIIe–début du XIIIe s.
Majolique
Marsala, Museo Archeologico Regionale Lilibeo, inv. 11982 (1); inv. 11983 (2); inv. 11284 (3)

Les coupes glaçurées brun et vert, qui s’inscrivent dans la tradition islamique, ont été découvertes dans les quartiers résidentiels de Marsala à proximité de la forteresse normande. Une des trois coupes (b) présente une glaçure verte homogène et une inscription pseudo-épigraphique en caractères coufiques.

G 3.3.4

(4) Fragment d’une amphore

Afrique du nord ou Sicile, XIIe–début du XIIIe s (?)
Terre cuite avec surfaces éclaircies
Marsala, Museo Archeologico Regionale Lilibeo, inv. 11985

Ce fragment d'amphore au décor incisé en forme d'étoile est ajouré et servait de filtre. Les amphores représentaient des contenants importants pour le commerce, surtout le transport du vin et de l’huile.

G 3.3.5-6

(5-6) Coupes ornées

Grèce/ Île de la mer Égée, Mitte XIIe s. (5); 1. H. XIIe s. (6)
Argile
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, inv. 32/67 (5); inv. 31/66 (6)

Le revêtement calcaire sur l’une des coupes, dû à des organismes marins, indique qu’elle provient d’une épave. Les deux coupes ont un décor similaire : La première (f) affiche en son centre un oiseau orné de rinceaux et d’une sorte d’écailles. Un étroit ruban, dont le décor rappelle de loin l’écriture pseudo-coufique, orne le bord de la coupe. Le centre de l’autre coupe est décoré d’un griffon dont le corps ressemble à un chien. L’arrière-plan est ici rempli de motifs ondulés et une bande décorative avec une écriture pseudo-coufique y figure également.