Les Normands en Terre sainte

« Un étonnement plein d’admiration s’exprimait à sa vue [Bohémond] et la mention de son nom jetait de la frayeur. Sa stature était telle qu’il dépassait les plus grands de presque une coudée, il avait des hanches minces, de larges épaules et une puissante poitrine ; ses bras étaient forts et il était dans l’ensemble ni maigre, ni gros, mais fort bien proportionné. La peau de son corps était très blanche, celle de son visage mêlée de blanc et rouge. Ses cheveux d’un blond moyen ne tombaient pas jusqu’aux omoplates comme chez les autres barbares ; il les portait courts jusqu’aux oreilles. Je ne peux dire si sa barbe était rousse ou d’une autre couleur, car le couteau avait passé par là et avec plus de soin que toute autre chaux vive. (…) Ses yeux étaient bleus et exprimaient à la fois du courage et une gravité majestueuse. (…) Cet homme dégageait une certaine attirance, mais la frayeur qu’il inspirait la réduisait presque à néant. (…) Il avait un esprit vif, plein de ruse et jamais à court d’excuses. Ses propos lors de discussions étaient toujours bien calculés et les réponses qu’il donnait étaient lisses de tous côtés. » 

Anne Comnène († 1154), chroniqueuse et princesse byzantine à propos de Bohémond

La proclamation de la première croisade par le pape (1095) fut très bien accueillie par les Normands. Ici, le zèle religieux s’alliait au combat. Et la Terre sainte promettait l’acquisition de biens matériels et de territoires. Bohémond de Tarente, un fils de Robert Guiscard, était l’un des croisés normands et chef militaire. Sur le chemin de Jérusalem, les croisés prirent Antioche, siège épiscopal de saint Pierre. Violant les accords passés avec Byzance, Bohémond s’appropria la ville et fondit une seigneurie. Mais le conflit avec Byzance s’aggrava. Après une défaite, Bohémond décéda en Italie alors qu’il tentait de lever une armée contre Byzance. Son tombeau reflète l’ampleur de ses ambitions.

G 2.1

Lettre sur la conquête de Jérusalem

Égypte fatimide, 1100
Papier
Cambridge, University Library, T-S 20.113

Dans cette lettre, les chefs de la communauté juive d'Ascalon décrivent les conditions de vie difficiles dans la ville quelques mois après la conquête de Jérusalem par les croisés (15 juillet 1099). La ville fortifiée n'était pas encore tombée, mais ses habitants devaient faire face à un afflux de réfugiés et payer d'importantes rançons aux croisés. Cette lettre rédigée en arabe avec des caractères hébraïques offre un témoignage rare sur le sort des vaincus et les profonds bouleversements sociaux et économiques déclenchés par l'arrivée des croisés en Terre sainte.

G 2.2

Guillaume de Tyr : Histoire d’Outremer

Akkon, royaume latin de Jérusalem, IXe s.
Parchemin
Paris, Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 9084, fol. 53

Le manuscrit exposé ici est un ouvrage historique important sur les croisades et les États croisés. Son auteur était l'archevêque de Tyr († 1186), un témoin important de son époque en tant que tuteur du prince Baudouin IV et chancelier du royaume de Jérusalem. Ce n’est qu’après sa traduction en vieux français (XIIIe siècle) que son œuvre se répandit à travers l’Europe. Cette miniature (fol. 53) illustre le siège d’Antioche. Les chevaliers chrétiens sont représentés en héros plus grands que nature, tandis que les défenseurs musulmans se retranchent avec un regard furieux.

G 2.8.1

(1) Follis de Tankred

Antioche, 1104–1112
Revers: IC XC NI KA
Cuivre
Berlin, Münzkabinett der Staatlichen Museen zu Berlin, Nr. 18279702

G 2.8.2

(2) Denier du roi Baudoin III de Jérusalem

Avers: BALDVINVS REX
Revers: DE IERVSALEH
Jérusalem 1143–1163
Argent
Berlin, Münzkabinett der Staatlichen Museen zu Berlin, Nr. 18206294

Les deux monnaies furent frappées dans les Etats croisés. Le follis du Normand Tancrède, qui gouvernait parfois Antioche pour son oncle Bohémond, s'inspire clairement de modèles byzantins. On y voit sur l'avers le portrait du souverain Tancrède avec une épée levée et au revers une croix. Le denier de Baudouin III, en revanche, ne réfère aucunement à des types de monnaies arabes ou byzantines. Les symboles utilisés, la croix et le temple stylisé de David, ont une connotation chrétienne.

G 2.8.3

(1) Denier de Bohémond III ou IV

Antioche, ca. 1165–1230
Avers: + BOAMVNDVS
Revers: + ANTIOCHIA
Argent
Berlin, Münzkabinett der Staatlichen Museen zu Berlin, Nr. 18279713

G 2.8.4

(2) Monnaie Bohémond VI

Tripoli, Liban, ca. 1268–1287
Avers: + BOEMVNDVS COMES
Revers: + CIVITAS TRIPOLI
Argent
Berlin, Münzkabinett der Staatlichen Museen zu Berlin, Nr. 18279286

Ces deux pièces sont des monnaies typiques des Etats croisés. Le denier à la tête casquée de Bohémond III et IV (a) est même la monnaie des croisés la plus fréquente. Elle fut frappée à Antioche depuis environ 1165 avec « Bohémond » en légende comme sur l’autre exemplaire (b). Les légendes et effigies impersonnelles (représentations de croix, d'étoiles et de casques) rendent difficile l'attribution à un Bohémond bien précis.

Film : La conquête d'Antioche en 1098

Production : Faber Courtial
Durée : 03:50 min

G 2.4

Charte de Bohémond d'Antioche avec sceau de plomb

Bari, Décembre 1089/90
Avers, en grec : « saint Pierre »
Revers, en grec : « Ô Seigneur, protège ton serviteur Bohémond»
Parchemin avec sceau de plomb
Bari, Archivio della Basilica di S. Nicola, Per. Norm. A 16 (CBD V, 15)

Le contexte historique de cette charte qui confirme une donation est intéressant. Après le décès de Robert Guiscard († 1085), son fils aîné Bohémond se dispute l’héritage avec Roger Borsa. Bien qu’il fût plus jeune, Roger devint comte, tandis que Bohémond put s’assurer quelques territoires en Pouille et Calabre. Un accord de paix fut trouvé en 1089. Cette charte marque le début du règne légitime de Bohémond sur la ville de Bari. Le sceau à l'effigie de Pierre semble annoncer la conquête d'Antioche, la première ville épiscopale du prince des apôtres.

G 2.5

Charte de Constance de France pour l'archevêque de Bari

Tarent, 30 décembre 1117
Parchemin
Bari, Archivio della Basilica di S. Nicola, Per. Norm. D 16 (CDB V,64)

Après la mort de Bohémond Ier en 1111, son épouse Constance assura la régence pour son fils mineur Bohémond II. Elle s’installa à Tarente en Pouille. Constance confirme par ce document une donation ducale à l’archevêque de Bari. Cette charte souligne la position élevée de Constance en tant que fille du roi de France. En outre, le texte rappelle aussi son autorité en tant qu’épouse de Bohémond et mère de l’héritier encore mineur.

G 2.6.1

(1) Heurtoir en forme de tête de lion

Pouilles, XIe/XIIe s.
Bronze
Canosa di Puglia, Museo dei Vescovi, ohne Inv.

G 2.6.2

(2) Vase en albâtre

Égypte (?), Ier s. av. J.C. / Ier s. ap. J.C. ou copie des XIe/XIIe s.
Alabaster
Canosa di Puglia, Museo dei Vescovi, sans inv.

Ces deux objets sont associés au mausolée de Bohémond à Canosa. L'anneau de porte (1) en forme de tête de lion à la crinière hirsute était fixé à une porte en bois ou en bronze. Le lion peut être interprété comme gardien de la porte et symbole de rédemption. Le récipient (2) fut fabriqué en Egypte ou au Levant. Bohémond l’a peut-être ramené d’une de ses campagnes. Il est attribué traditionnellement au culte des morts, mais servit peut-être plus tard de lampe à l’intérieur du mausolée.

G 2.7

Miniature du couple impérial Manuel Ier Comnène et Marie d'Antioche

Byzance, 1166
Parchemin
Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. gr. 1176, fol. 2
r

Cette enluminure montre l’empereur byzantin Manuel Ier Comnène et l’impératrice Marie. Elle était l’héritière de la principauté d’Antioche et la petite-fille de Bohémond Ier. Après la mort de l’empereur, Marie assura la régence pour son fils mineur. Elle fut la première régente latine de l’Empire byzantin. Cette enluminure se trouve dans les Chronike diegesis. L’auteur, Niketas Choniates († 1217), y raconte les événements qui se sont déroulés de 1118 à la conquête de Constantinople par les croisés (1204).