Byzance – modèle, concurrent et « objet de convoitise »

Les Byzantins considéraient les Normands du Sud de l’Italie comme des parvenus et des barbares, mais aussi comme une sérieuse menace militaire. Les Normands, eux, regardaient Byzance et le luxe de Constantinople avec des yeux pleins de convoitise. Les influences « grecques » et la tradition religieuse étaient profondément enracinées dans le Sud de l’Italie et devinrent partie intégrante du pouvoir siculo-normand. Les rois de Sicile imitèrent l’empereur byzantin dans la représentation de leur autorité. Le décor des églises et des palais révèle également des influences byzantines. Des artistes et artisans de l’empire oriental travaillaient d’ailleurs dans les ateliers royaux de Palerme.

G 1.1

Anna Komnena: Alexias

Byzance, XIIe s.
Parchemin
Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, Plut. 70.2, fol. 11v/12r

Anne Comnène a rédigé une œuvre historique complète en 15 volumes consacrés essentiellement au règne de son père. Princesse byzantine, elle avait grandi au centre du pouvoir et disposait de ses propres observations, ainsi que de témoignages oculaires et de documents directs. C’est ainsi que vit le jour un tableau varié, détaillé, mais non pas sans un certain parti pris, du règne d’Alexis Comnène (1081-1118). Les Normands y ont joué un rôle non négligeable. Ce manuscrit compte parmi les plus anciennes copies conservées de ce texte. Il est ouvert au 10e chapitre du 1er volume qui décrit Robert Guiscard

G 1.2.1

(1) Enkolpion avec décor incisé

Recto Marie Orans ( ?) flanquée de deux anges semi-figurés, verso non décoré
Byzantin moyen, XIe s.
Bronze
Reiss-Engelhorn-Museen Mannheim, inv. Homsy 127

G 1.2.2

(2+4) Enkolpia avec décor en relief

Recto Christ en croix entre Marie et Jean, verso Maria Orans et bustes des quatre évangelistes
Byzantin moyen, Xe–XIIe s.
Bronze, moulé
Reiss-Engelhorn-Museen Mannheim, inv. Homsy 128 (2); inv. Allardt 22 (4)

G 1.2.3-4

(3) Enkolpion avec décor incisé

Recto Christ en croix, verso Maria Orans
Byzantin moyen, Xe–XIIe s.
Bronze, moulé
Reiss-Engelhorn-Museen Mannheim, inv. Blanck 5

Le terme enkolpion désignait tout d’abord tous les objets attachés à une chaînette et portés autour du cou. A partir du IXe siècle, l'Empire byzantin voit apparaître de plus en plus de d'enkolpia en forme de petites capsules cruciformes. Elles étaient composées de deux moitiés de croix creuses que l'on pouvait ouvrir et qui étaient reliées par une charnière. Elles contenaient des reliques, généralement celles d’un saint. Les scènes de crucifixion et Marie en prière, seule ou avec les évangélistes (ou leurs symboles), comptaient parmi les représentations les plus fréquentes.

G 1.4.1

(1) Staurothèque en forme de triptyque

Constantinople (?), fin du Xe–début du XIe s. (avec interventions ultérieures)
Argent doré, émail cloisonné, pierres précieuses
Monopoli, Museo Diocesano, inv. 1


Une staurothèque abrite des restes de la croix du Christ. Cette œuvre précieuse provenant de Monopoli fut certainement réalisée à Constantinople. On peut glisser vers le bas la plaque centrale qui abrite en son centre un fragment de la « Vraie Croix ». La scène en émaux cloisonnés sur la plaque centrale signale le contenu religieux : le Christ sur la croix, flanqué de Marie et Jean. Sur les deux volets figurent respectivement saint Pierre et saint Paul.

G 1.4.2

(2) Staurothèque-Enkolpion

Constantinople (?), 2e moitié du Xe s.
Or et émail cloisonné
Gaeta, Museo Diocesano, sans inv.

Il est très probable que ce superbe objet fut réalisé dans les ateliers impériaux de Constantinople. Il servait à la fois de reliquaire pour les fragments de la « Vraie Croix » et d'enkolpion. Ces propriétés devaient garantir à son porteur protection et intégrité physique. Une inscription métrique révèle le nom du premier détenteur : « Mère de Dieu, aide ton serviteur Basilios ». On peut supposer que cette pièce est arrivée dans la région avant la conquête normande, alors qu’une grande partie de l’Italie du Sud était encore aux mains de Byzance.

G 1.5.1

(1) Ducalis de Roger II avec son fils Roger III

Palerme, 1140–1154
Argent
Berlin, Münzkabinett der Staatlichen Museen zu Berlin, Nr. 18279775

G 1.5.2

(2) Histamenon des empereurs Basile II et Constantin VIII

Constantinople, 1005–1025
Avers: + Ih(σou)S X(ρ)IS(τos) REX REGNANTIhm
Revers: + bASIL(eios) C COHSTAhTIh b(asileus) R(omaion)
Or
Stuttgart, Landesmuseum Württemberg, inv. MK 28027

G 1.5.3

(3) Histamenon de l’empereur Romain III

Constantinople, 1028–1034
Avers: + Ih(σou)S X(ρ)IS(τos) REX RESNANTIhm
Revers: + Θ(εoτo)CE bOHΘ RωmAhω oben Mitte: M(ητηρ) Θ(ειou
Or
Stuttgart, Landesmuseum Württemberg, inv. MK 28030

G 1.5.4

(4) Hyperpyron de l’empereur Manuel I

Constantinople, 1143–1180
Avers: + K(uρι)E ROHΘEI im Feld: I(ησou) C.X(ριστo)C
Revers: links im Feld: [M]A/[NVH]Λ/[ΔE]C/ΠO/TH, rechts: ΠOP/ ΦY/POΓ/NH/T
Or
Stuttgart, Landesmuseum Württemberg, Inv. MK 28032

En 1071, l’Empire byzantin abandonnait aux Normands ses derniers territoires en Italie du Sud. Les traditions grecques se perpétuèrent néanmoins dans le monnayage normand. Roger II exploitait des ateliers monétaires à Palerme, Messine, Salerne et Amalfi. Ses monnaies d’or, d’argent et de bronze s’inspirèrent essentiellement de monnaies byzantines, mais reprirent également des motifs de modèles arabes, tant dans le texte que dans l’image. Une valeur nominale en argent introduite par Roger II, le ducat (1), utilisa l’iconographie byzantine, comme une comparaison avec les monnaies des empereurs grecs (2-4) permet de le constater.